2010 est une année forte, une année symbole pour l’Armagnac, qui célèbre à cette occasion la plus ancienne preuve de son existence, celle qui fait de l’eau-de-vie Gasconne la plus vieille eau-de-vie française : le texte écrit en 1310 par Maître Vital Dufour, vantant ses 40 vertus.

Mais l’Armagnac a en réalité des origines beaucoup plus lointaines…

Retrouvez ces références et ces textes dans « L’Armagnac pour les Nuls » de Chantal Armagnac, aux Editions First


Quand Armagnac (m’)était Comté…

Les premiers habitants du pays d’Armagnac, province du Sud-Ouest située environ au centre d’un triangle formé par Bordeaux, Pau et Toulouse, s’appelaient les Celtibères, et sont décrits par Diodore de Sicile, géographe grec du 1er siècle avant J-C. Ils sont reconnus autonomes et sont réunis à la fin du IIIe siècle dans une même province, la Novempopulanie, dont la capitale est Elusa (l’actuelle Eauze*), région décrite comme une terre fertile et luxuriante.

Le nom Armagnac sera donné par Armin, signifiant « puissant guerrier » en vieux germanique, qui reçoit ce pays de Clovis en récompense de sa bravoure lors de la bataille décisive de Vouillé (près de Poitiers) en 507 contre les Wisigoths. Armin, « latinisé », puis « gasconnisé » devient Arminius puis, pour désigner le pays d’Armin, Arminiacus, et enfin Arminhac, Armaignac, avant de se fixer sur le nom d’Armagnac.


La région entre ensuite dans le duché de Gascogne reconnu au cours du VIIe siècle, et le comté constitué au Xe siècle par Guillaume Garsie, héritier des ducs vascons, s’agrandit au fil des alliances matrimoniales pour atteindre même le Rouergue au XVe siècle.

Dans le même temps, l’alambic apparaît au VIe siècle en Orient pour la fabrication d’essence de rose, et ce sont les Arabes qui exportent ce savoir jusqu’au pays de Cordoue, et l’Espagne musulmane du Moyen Age. Du fait de leur proximité, les Gascons sont les premiers à profiter de l’influence des cultures et des connaissances scientifiques grecques, indiennes, perses, et chinoises qui voyagent jusqu’en Espagne.

* A prononcer [é-oze] et non pas [oze] !


Vital Dufour et suivants, docteurs es Armagnac…

Prieur d’Eauze, et nommé cardinal par le Pape Clément V (lui aussi Gascon !), Vital Dufour (1260-1327) signe en 1310 son « Livre très utile pour conserver la santé et rester en bonne forme ». Il y décrit dans un chapitre entier les 40 vertus de l’Aygue Ardente, l’eau-de-vie produite localement, appelée plus tard du nom de sa région de production, Armagnac.

D’autres œuvres viennent elles aussi vanter les bienfaits de l’Armagnac, telles que l’ouvrage « De conservanda juventute » (« De l’art de conserver la jeunesse ») d’Arnaud de Villeneuve (1235-1313), médecin particulier de Clément V, ou encore le Manuscrit d’Auch, pièce provenant de la bibliothèque du grand séminaire d’Auch, qui décrit en 1441 trente usages de l’eau-de-vie, le médicament incontournable !

C’est à cette époque, au XVe siècle, que des preuves de la commercialisation de l’Armagnac, notamment sur les marchés locaux, apparaissent.


Du XVe au XIXe siècle : l’expansion commerciale

Dès le XVe siècle en effet la production se développe, et les eaux-de-vie rallient les ports de l’Atlantique (Bayonne et Bordeaux), ainsi que ceux de la Méditerranée après la création du Canal du Midi en 1680. Mais l’essor commercial de l’Armagnac viendra par les Hollandais, maîtres des mers au XVIIe siècle et grands marchandes d’alcools. A l’époque, la mauvaise conservation du vin sur les longs trajets leur fait préférer les eaux-de-vie, qui en plus ont l’avantage de se bonifier dans les barriques qui les contiennent ! Puis la guerre d’Indépendance es Etats-Unis (1775-1783) provoque une forte progression des ventes d’Armagnac, quand les Américain boycottent whisky et cognac, alcools préférés de leur adversaires anglais. Peu à peu le commerce de l’Armagnac devient essentiel à l’économie de la région.

La technique elle aussi change : l’alambic se modifie, et les ingénieurs et chimistes rivalisent d’ingéniosité jusqu’à ce que Jacques Tuillière, poêlier à Auch, dépose le brevet d’un modèle d’alambic à colonne propre à la région, qui prend le nom d’alambic armagnacais en 1818.

Le XIXe siècle est également celui de la naissance de nombre de familles d’Armagnac qui existent encore aujourd’hui, portées par les nouvelles générations.


XXe siècle : la voie de la modernité

C’est au XIXe siècle qu’auront lieu quelques uns des plus grands changements de la filière Armagnac telle que nous la connaissons aujourd’hui :

- Tout d’abord, à l’aube du XXe siècle, en 1898, naît le Baco (22A du chiffre du rang qui portait ce pied dans la pépinière expérimentale) de l’imagination et de la patience d’un instituteur Landais, François Baco. Le vignoble avait été décimé depuis 1863 par le phylloxera, et cet autodidacte le sauva grâce à son cépage hybride. Le Baco blanc constitue encore aujourd’hui une originalité dans le paysage viticole français, et sa moindre sensibilité aux maladies fait de lui un cépage écologique, qui plus est très fertile.

- Ensuite le 3 mai 1909, le Président de la République Armand Fallières, originaire de la région Armagnac puisque né à Mézin (Lot-et-Garonne), signe un décret qui reconnaît le savoir-faire du pays et définit les trois régions d’appellation Bas-Armagnac, Armagnac Ténarèze et Haut-Armagnac.

- Grand pas en avant dans le contrôle des process, 1936 voit la naissance de l’AOC Armagnac, qui précise les méthodes de production autorisées.

- L’Armagnac devient ainsi au fil des années une eau-de-vie de plus en plus contrôlée. La création en 1941 du Bureau national de répartition des alcools en Armagnac (qui deviendra plus tard l’actuel BNIA, Bureau National Interprofessionnel de l’Armagnac) œuvre dans ce sens tout en insufflant une vraie dynamique.

- En 2005, le 27 mai, est signé un décret qui définit encore plus précisément l’aire géographique, les cépages, la densité de plantation, le mode de taille, etc. C’est également là la consécration de la Blanche Armagnac en tant qu’AOC.

- Enfin, en 2009 la réforme de l’INAO entraîne la création d’un nouveau cahier des charges, juste quelques mois après la mise en place du décret de 2005, et entraîne la création de l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion), chargé de faire appliquer le cahier des charges et d’organiser le contrôle.

Réalisation : N124 Communication